Montage
Dimanche 15 août - Il pleut, il pleut bergère! Et c'est à 8 heure du matin que l'on charge joyeusement la voiture: les tulles, le lino, la table, chaise, machine à écrire, costumes, ampli, guitare, caisses de poupées, miroir, comédien, metteur en scène et le reste prendra le métro! Théâtre, petit brief de bienvenue, puis on découvre la scène, notre scène, celle qui supportera nos pieds pendant deux mois... Petite retouche costumes, on accroche les rideaux blancs, on déroule le lino, gaffeur, beaucoup de gaffeur! On emménage dans la régie, dans la loge, dans les coulisses, dans les sièges des spectateurs, oui on les essaie tous! Petit filage, c'est pour se mettre le texte en bouche, pour évaluer les mouvements sur ce nouvel espace, pour découvrir qu'on peut se prendre les pieds dans le lino, alors on gaffe encore! On rencontre notre régisseuse lumière, qui grimpe toujours plus haut sur son échelle... Et le temps passe. On range tout le bordel dans les loges et on se retrouve dehors: c'était peut-être un rêve.
Jeudi 19 août - Retour à la maison, c'est déjà tout comme! Trois jours, c'est long! Aujourd'hui, c'est un filage technique: c'est pour la création des lumières. Un spectacle sans lumière, ça n'existe pas! C'est un grand moment d'impatience pour les comédiens, interdiction de bouger, de crier, de sauter sur les murs, de sauter sur la régisseuse et le metteur en scène qui discutent! Et c'est pourtant ce que l'on fait, on dépense de l'énergie pour passer le temps, on se pique aux aiguilles de la costumière, on éternue sous la poudre de la maquilleuse, qui nous démaquille à force! La musique inonde la salle, on chante, on danse, c'est plus fort que nous, quitte à se faire rappeler à l'ordre par notre grand manitou... Puis, finalement, à force de cafés avalés et de clopes consumées, la séance de travail se termine. On s'en moque, on revient demain!
Vendredi 20 août - Première répétition au théâtre sous le regard du metteur en scène, des régisseurs, des hôtesses d'accueil, de quelques amis: c'est pour les retours. Dans ces moments, on se rend compte que rien ne va, le jeu des acteurs marche au ralenti, les vidéos ne s'enclenchent pas, la musique dérape, les costumes craquent, le texte s'évapore de nos mémoires, mais on tient bon. Même si on sait qu'il nous reste 48 heures avant le grand saut, on garde espoir. Une bonne dose de chance sauve souvent la mise.
Samedi 21 août - Alors, ça y est, c'est terminé. La période des répétitions s'achève pour laisser place à l'époque des représentations. Évidemment, on n'est pas prêt, on ne l'est jamais, une grande terreur commence à pointer le bout de son nez à l'intérieur, personne ne réalise que la création se termine et que l'accomplissement va naître. Le maquillage, les projecteurs, l'oeil bienveillant de notre metteur en scène, les trois applaudissements dans la salle, les gestes bien répétés, les mots appris par coeur, rien n'y fait: on flippe tous!!! Peu importe la bouée de sauvetage, demain il faudra apprendre à nager. Le grand plongeon, celui que l'on redoute mais qui, au final, arrivera quoiqu'il arrive car il est désormais impossible de reculer - sinon on nous traiterait de mauviette. Et nous ne sommes pas des mauviettes! Il faudra remonter à la surface, prendre une grande respiration, et garder la tête hors de l'eau. Nous pourrons nous noyer, mais à condition que ce soit sous les applaudissements.
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